Revue de presse
NOVA par le Collectif Hubris à la Loge
Par Laure Dasinieres, Not For Tourist
Publié le : 25 mai 2011Posté dans : Chroniques, SpectaclesTags : Collectif Hubris, la loge, Nova
Ça part d’un monologue livré comme une prophétie (qui est en fait un extrait « Des villages » de Handke). Ça se poursuit sur une démonstration capillotractée croisant trous noirs, Atlantes et Sphinx et cela continue par un enchevêtrement de bribes tirées du quotidien.
Des pistes livrées par le quotidien, souvent vides de sens, relatives au phatiques, à la conversation « pour parler », ou bien de pseudo réflexions intérieures qui réussissent à se frayer un chemin jusqu’à nos oreilles.
Ce sont aussi des attitudes, des gestes, des sensations qui affleurent chaque jour sans que l’on sans aperçoive vraiment, sans que nous puissions les consigner de manière consciente.
Rassurez vous, ces fragments du réel n’en sont pas moins drôles. S’ils fonctionnent ici comme des pistes de travail pour la compagnie Hubris, elle en crée une pièce absolument jubilatoire où la confrontation- ou plutôt le puzzle, des mots et des gestes instaurent des situations absolument délectables.
C’est qu’il ne s’agit pas de se divertir du réel mais de se divertir avec le réel. Et quand on le met en scène comme le fait Raouf Raïs, le spectateur se pourlèche des témoignages qui se superposent, des dialogues qui ne vont que dans un sens, des incompréhensions mutuelles, de la vacuité de stéréotypes mis à nus, de crypto-théories elles-mêmes créées par les personnages pour s’occuper.
Car ce qui traverse NOVA, c’est la perception des secondes qui défilent et que nous utilisons à des choses vaines, des discours inutiles et des comportements vains et chronophages. Pas de jugement, juste ce constat. Nous meublons notre temps de blablas anodins, répétitifs et contradictoires. Qu’y pouvons nous sinon le réaliser et … Et? Nous ne savons pas.
Mais je peux vous dire qu’adopter la position de spectateur de ces situations banales, mais néanmoins mises en scène avec originalité et effervescence nous fait jouir de la trivialité de notre lot journalier!
La scène toute en longueur et parsemée de confettis, les lumières, la musique discoïde instaurent un air de fête particulier. Festif vs quotidien? Match sans vainqueur ou nécessité de conjuguer les deux tout le temps? Pas de réponse, mais au moins nous posons nous la question!
Les comédiens sont juste FORMIDABLES. Ils se donnent tout entiers et dessinent des personnages à la fois proches d’eux et distanciés. Drôles et sans limite, ils livrent une prestation explosive et hors norme, pleine de liberté tant et si bien que l’on ne saurait dire s’il ne s’agit pas en fait d’improvisation totale- malgré une « chorégraphie » très bien menée. Ce jeu sur la frontière entre réalité et espace scénique (fictionnel) offre à la pièce toute sa subtilité et son ampleur.
Si l’on rit presque sans discontinuer, on ressort de la salle plus forts en ce disant que tant qu’à faire avec la réalité, nous pourrions faire comme eux, sur scène: s’amuser à la transfigurer, à se l’approprier.
Entre joyeux bordel et réflexion métaphysique, NOVA ne choisit pas et nous offre un moment aussi divertissant qu’intelligent. On applaudit.
NOVA |
| vu par Froggy Delight à La Loge (Paris) mai 2011 | ||
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Spectacle conçu par le Collectif Hubris, mise en scène de Raouf Raïs, avec Cécile Chatignoux, Ophelie Legris, Jean-Antoine Marciel, Raouf Raïs et Patrice Riéra. Il y a une cinquantaine d’années, Gainsbourg posait la question « Qui est in, qui est out ? ». Aujourd’hui , dans une société fragmentée, fractionnée en « tribus « , l’interrogation consiste à savoir comment s’intégrer au milieu de personnes dont le premier dénominateur commun consiste à se distinguer d’une norme de plus en plus floue, quand elle existe encore. Voici la question éminemment moderne que pose au spectateur le Collectif Hubris, à travers son spectacle « Nova ». Quatre personnages vont, chacun à leur manière, se trouver confrontés à cette problématique de positionnement social, où il faut imiter pour s’intégrer tout en affirmant son individualité. Lorsque trop d’originalité condamne à l’exclusion, la position finalement communément adoptée consiste alors en des proclamations de rébellion, des postures d’êtres en marge alors que chaque personnage ne cherche qu’à se fondre dans une masse et être acceptés. Cet étonnant objet théâtral se déroule à la manière d’une soirée durant laquelle les invités se côtoient et cherchent à tisser de liens entre eux. Tout comme une soirée festive durant laquelle les évènements se succèdent sans forcément qu’il y ait de liens entre eux, où les conversations sautent du coq à l’âne, Raouf Raïs choisit le parti pris de sketchs qui se succèdent, voire se déroulent en même temps. Les textes, écrits par les acteurs, le metteur en scène et parfois improvisés, rappellent forcément des moments de vie, lors de rencontres avec des personnes dont le discours, la pensée ou l’attitude sont légèrement décalés par rapport à la vôtre. Ceci débouche sur des moments brillants ou des instants d’ennui, des passages grotesques ou des extraits talentueux, comme dans la vie. Raouf Raïs tient le rôle de l’hôte, de la voix du narrateur, voire de la voix de la raison. Très en retrait, il n’interviendra qu’en tout début et toute fin de spectacle. Cécile Chatignoux et Ophélie Legris, figures féminines tour à tour tentatrices ou protectrices, actives ou passives. Patrice Riéra incarne le beau gosse sombre et Jean-Antoine Marciel, le clown, toujours à la limite de la rupture. Ce spectacle, où le ridicule et le rire côtoient l’état de grâce et le drame, reproduit ainsi le rythme de ces soirées où chacun s’est déjà rendu, des soirées dans lesquelles face à des inconnus on peine à se trouver une place. Une pièce surprenante dans sa forme qui pointe avec finesse le libéralisme qui avance sous un masque de libertarisme. |
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